Une semaine après le sacre de l'équipe de
Nouvelle-Zélande, alors que les lampions de la
fête sont bel et bien remisés au garage et que
les supporters locaux reprennent peu à peu leurs
esprits au terme d'une fête incroyable en
l'honneur de leurs champions, Renvoi
aux 22 sacrifie à la mode et vous
présente son bilan après inventaire de la 7ème
édition de la Coupe du monde de rugby , étant
précisé que celui-ci manque de la plus
élémentaire objectivité.
L'incroyable épopée du XV de France
ou comment passer de du statut de looser à celui
de champion injustement spolié
Après 48 matchs et près de deux mois de
compétition, la coupe du monde s'achève sur le
sacre attendu des All Blacks, titrés sur leurs
terres, 24 ans après l'équipe de David Kirk, et
ce toujours face aux Français en finale. Un score
étriqué, 8-7, qui aurait pu basculer en faveur
du XV de France. Mais « c'était écrit »,
comme l'on titré quelques médias ou ont pu le
dire certains observateurs. Les regrets éternels
évoqués par Midi Olympique dans son édition du
lundi 24 octobre sont le fruit d'un parcours
auquel (presque) personne ne croyait en début de
compétition. Après une préparation sans
accroc mais sans éclat et deux matchs de
préparation face à l'Irlande qui n'auront pas
convaincu, l'équipe de France a enchaîné les
matchs ratés en phase de poule. Balayés par les
Blacks (37-17), les Français ont touché le fond
contre le Tonga. Un fond de jeu sinon inexistant
du moins imperceptible, un turn-over impropre à
instaurer des automatismes dans l'équipe, un
management incompréhensible de Marc Lièvremont,
voilà quelques une des critiques qui ont plu sur
le XV tricolore auquel on promettait un naufrage
face à des Anglais pas beaucoup plus
fringants. Le quart de finale contre le XV
de la Rose a représenté le premier stade de la
renaissance (de la rédemption ?) de l'équipe de
France. Trente premières minutes maîtrisées,
qui ont préfiguré la performance française en
finale, et 16 points ont permis à la France
d'entrer enfin de plain-pied dans la
compétition. Faut-il parler de rechute en
demi-finale ? Pas vraiment, puisque le XV de
France est parvenu à se qualifier, et que cette
qualification fut permise par les qualités
défensives de l'équipe, ainsi que l'esprit de
solidarité remarquable qui régna pendant cette
rencontre où les hommes de Marc Lièvremont,
pourtant en supériorité numérique durant 60
minutes, ont subi la pression
Galloise. En toute honnêteté, on ne croyait pas
vraiment aux chances Françaises en finale, tant
ce groupe nous semblait trop éloignés des
standards d'un champion du monde. Comme
souvent, les bleus ont fait mentir les plus
pessimistes. Ils ont malheureusement fait
également mentir les optimistes qui croyaient à
l'impossible. Mais l'impossible ne s'est pas
produit. La faute à l'arbitre ? Pas seulement.
La faute aussi à ceux qui n'ont pas su donner à
ce XV de France davantage de certitudes, de
repères. La faute surtout à des All Blacks qui
sont parvenus, malgré une prestation très en
deçà de leur niveau habituel, à proposer une
qualité de jeu suffisante pour maintenir
l'équipe de France à un point derrière. Un
point, c'est rien, un point, c'est tout...
Accueillis à leur retour comme des champions
du monde, Thierry Dusautoir et ses coéquipiers
ont pu mesurer combien leur épopée avait touché
les cœurs. Force est de
reconnaître que malgré tous les reproches
– légitimes – dont ils ont été
l'objet, les joueurs de Marc Lièvremont auront
prouvé leurs qualités d'hommes et de
champions. Money, money,
money (1) On savait l'IRB
âpre au gain. Cela s'est confirmé avec
l'avalanche de sanctions pécuniaires infligées
par l'instance à des joueurs ou des équipes pour
des motifs fleurant bon l'inanité, comme
l'utilisation d'un protège-dents dont la marque
n'a pas droit de cité à la coupe du monde. La
dernière sanction en date a frappé l'équipe de
France pour atteinte au Haka. C'est ce qu'on
appelle le meilleur pour la fin.
L'IRB a donné un puissant signal au monde
entier : elle promeut le rugby, mais elle aime
d'abord l'argent. Money, money,
money (2) Des matches de coupe du
monde joués dans des stades remplis seulement aux
deux-tiers ? C'est malheureusement ce qu'il nous
a été donné d'observer à l'occasion de cette
édition. Le pays du rugby n'a pas réussi à
remplir intégralement ses stades. La raison n'est
pas seulement géographique (la Nouvelle-Zélande
n'est pas précisément à côté). Elle est aussi
– surtout – économique : le prix des
places, trop élevé, a dissuadé bon nombre de
supporters et d'amateurs d'acheter leur billet. On
sait que la fédération néo-Zélandaise est
financièrement aux abois. Mais sa politique
tarifaire calamiteuse aura surtout eu pour
conséquence, outre un manque à gagner non
négligeable, de conforter l'image d'un rugby qui
n'attire pas autant qu'on le dit, d'un sport plus
confidentiel qu'universel. La coupe
du monde de l'arbitrage On se
doutait que les arbitres et leurs prestations
seraient au cœur de la compétition (Cf. sur ce blog). Cela s'est malheureusement
vérifié. La piètre performance de Craig Joubert
en finale peut être considérée comme le symbole
d'une compétition très largement influencée par
le comportement des hommes au sifflet. Avant lui,
Monsieur Bryce Lawrence (Nouvelle-Zélande) aura
été accusé d'avoir sorti l'Afrique du Sud en
quart-de-finale (contre l'Australie) et Monsieur
Rolland (Irlande) d'avoir favorisé l'équipe de
France en sortant un carton rouge au nez de Sam
Warburton, le capitaine du XV de Galles, en
demi-finale. A des degrés divers, ces
arbitres ont réussi la performance assez rare
d'avoir fait davantage parler d'eux que de la
rencontre qu'ils dirigeaient. Au-delà des
décisions contestables qu'ils ont pu prendre,
c'est la façon même d'arbitrer qui restera au
centre des polémiques : le laxisme des arbitre
du sud sur les rucks, leur comportement suspect
sur les mêlées et les plaquages hauts ont pu
interpeler les supporters des équipes de
l'hémisphère nord. Il n'est pas question
d'aseptiser le rugby et de lui ôter sa dimension
de combat. Après tout la règlementation sur les
plaquages et les rucks n'a pas fondamentalement
changé depuis le dernier quart de siècle. Il
s'agit simplement de rendre l'arbitrage cohérent
et cesser de sacrifier la règle à un soit-disant
esprit qui n'est que le paravent d'un projet
visant à rendre le rugby plus compatibles avec
les exigences du sport spectacle. Adoptées sous
la pression des medias de l'hémisphère sud et de
la SANZAR, ces évolutions de l'arbitrage n'ont
pourtant pas réussi à faire venir davantage de
monde dans les stades ni doper les audiences
télés. La Une dans le
caniveau La campagne de presse
menée contre l'équipe de France tout au long de
la compétition a permis de constater que les
medias néo-zélandais n'avaient rien à envier à
leurs cousins d'outre-Manche. Même s'il convient
de rester mesuré et de reconnaître que toute la
presse locale n'a pas manifesté le même
empressement que le New Zealand Herald à traîner
nos joueurs dans la boue, on ne peut que regretter
ce manque de retenue et l'agressivité qu'elle a
laissé transpirer à l'égard d'une équipe
qu'elle aura, peut-être, paradoxalement aidé à
se (re)mobiliser. Il aurait été assez ironique
de voir Thierry Dusautoir brandir la coupe
Webb-Ellis devant le parterre de journalistes
Kiwis. Dommage qu'il ait manqué deux petits
points... A la différence de la presse
Française, pas toujours tendre, pour le moins,
avec nos bleus, la presse néo-zélandaise a
régulièrement quitté le domaine du sport
stricto sensu pour aller patauger dans le marigot
d'une forme plus ou moins subtile de xénophobie.
C'est regrettable et loin de l'image (sans doute
un poil naïve) qu'on se faisait de la
Nouvelle-Zélande, même si celle-ci ne saurait se
réduire pas à ses médias.
Quelques matchs qui
resteront Les 48 rencontres de
cette coupe du monde ne mériteront pas toutes de
rester à la postérité, c'est un fait. Pourtant,
on a souvent vibré devant la révolte des
« petites » nations qui ont souvent opposé la
plus belle des résistances face aux nations
majeures auxquelles elles ont pu être opposées.
Quelques scores fleuves reflètent évidemment la
différence de niveau parfois très flagrante qui
existe entre les nations phares du rugby et les
autres. Pour autant, demeure l'impression que
« le niveau monte » même insensiblement (Cf.
Afrique du Sud – Samoa ou France –
Tonga). Evidemment, les matches qui
resteront dans les esprits sont ceux qui ont
opposé les meilleures équipes. On pense
notamment à Galles-Afrique du Sud,
Australie-Irlande ou Irlande-Galles (peut-être le
meilleur match de la compétition avec la finale).
L'argentine, bien qu'éliminée en quarts, a
disputé des rencontres d'une belle intensité à
défaut d'être des modèles de rugby champagne.
Ainsi les confrontations entre les Pumas et
l'Angleterre puis l'Ecosse avant leur quart face
aux All Blacks, ont offert la preuve que
l'Argentine restait une nation importante sur
l'échiquier mondial. Le calendrier
en question Nombreux sont les
commentaires, au sortir de la piteuse défaite du
XV de France face au Tonga, à avoir mis en
exergue la victoire canadienne contre ces mêmes
Tongiens, succès qui a permis aux tricolores de
se qualifier malgré deux défaites en phase
qualificative. Or le Canada n'aurait peut-être
pas réussi à l'emporter sur le fil (25-20) si
les Tongiens n'avaient pas eu seulement quatre
jours de repos après leur première sortie face
aux All Blacks. La faute à un calendrier fait sur
mesure pour les « grandes » nations. Un
meilleur équilibre dans la répartition des
rencontres n'aurait sans doute pas bouleversé la
hiérarchie (encore que le cas Tongien constitue
un argument en sens contraire). Mais elle aura
amoindri les capacités de résistance des
équipes les moins armées, dont a pu constater
qu'elles pouvaient parfois quasi-rivaliser
jusqu'à l'heure de jeu, avant de s'écrouler
physiquement. On l'a déjà écrit, mais il serait
souhaitable que l'IRB mette en accord ses actes
avec sa position affichée
d'ouverture aux petites nations du rugby.
La malédiction des 10
Qui a dit que le numéro 13 portait malheur ?
En tout cas pas les ouvreurs des équipes
engagées dans cette coupe du monde, victimes
d'une véritable hécatombe. On pense évidemment
à Dan Carter et Quade Cooper, les deux meilleurs
joueurs mondiaux à ce poste, mais également Aron
Cruden et Coln Slade, les deux remplaçants
Néo-Zélandais, Rhys Priestland, le jeune et
talentueux numéro 10 Gallois, ou même Morgan
Parra, qui a dû laisser les siens après une
vingtaine de minutes seulement en finale. Il est
frappant de constater que, pour les deux premiers
cités, les blessures sont survenues sans aucun
contact avec un adversaire. Cela interroge sur la
fragilité accrue des joueurs face aux charges de
travail imposées par le rugby moderne. On
souhaite en tout cas que tous ces internationaux
puissent rapidement revenir sur le pré éclairer
le jeu de leur talent. Le Nord se
rebiffe, le sud se ramasse Parmi
les faits marquants de cette coupe du monde, on
relèvera évidemment le très bon comportement
des nations de l'hémisphère nord. Alors qu'on
s'attendait à une finale entre sudiste, la
victoire Irlandaise face à l'Australie a rebattu
les cartes. Mais il faut également noter le
parcours du Pays de Galles qui a failli créer la
surprise en échouant d'un rien en demi-finale et
qui a tenu la dragée haute à l'Australie dans la
petite finale. Certes, les performances des
représentants du nord doivent être nuancées par
celles de l'Australie et de l'Afrique du Sud,
particulièrement décevantes. On s'attendait à
ce que les Springboks connaissent des difficultés
après un début de saison très moyen. Ce fut le
cas (Cf. leurs deux matches contre Galles ou les
Samoas). Mais on pensait que les Wallabies
seraient un cran au-dessus de ce qu'ils nous
montrèrent pendant ces deux mois de compétition.
Pas épargnés par les blessures, les hommes de
Robbie Deans n'ont pas montré leur meilleur
visage, à l'image de l'ouvreur Quade Cooper,
passé complètement au travers de la
compétition, et qui l'a terminé sur une vilaine
blessure au genou, cruelle ironie du destin.
La Nouvelle-Zélande, parce qu'elle
l'ovale bien... Le sacre était
annoncé, il a bien eu lieu. Les All Blacks ont
remporté la 7ème coupe du monde comme on le
prévoyait. La finale à l'Eden Park contre le
même adversaire qu'en 1987 a bien failli tourner
à la catastrophe. Renouant avec leurs démons,
les néo-zélandais ont visiblement joué avec la
crainte d'une défaite contre des Français que
personne n'attendait à un tel niveau. Mais les
hommes de Graham Henry, bien que dominés, ont
fini par l'emporter. Même si le principe d'une
coupe du monde est de sacrer le champion sur un
match, force est de reconnaître que sur
l'ensemble de la compétition, les Néo-Zélandais
méritent largement le trophée
William-Webb-Ellis. Au-delà de la compétition
elle-même, ce titre vient récompenser la
meilleure équipe mondiale depuis 4 ans. Le groupe
emmené par l'emblématique Richie McCaw a
lentement mais sûrement gommé ses carences (en
mêlée notamment), fait progresser ses membres
(ainsi Ma'a Nonu) pour finalement parvenir à
gagner la Coupe du monde en se passant de celui
qu'on pensait irremplaçable, Daniel Carter.
Cette coupe du monde, si elle n'a pas été
celle du jeu, aura néanmoins offert son lot
d'émotions. Comme en 2007, l'enjeu a souvent pris
le pas sur les intentions offensives. Mais on a
quand même eu droit à quelques beaux matchs et
un final presque parfait. Suffisamment pour
conserver un (assez) bon souvenir de cette
compétition. 

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